Café équitable, café biologique : pourquoi nous allons plus loin ?

Café équitable, café biologique : pourquoi nous allons plus loin ?

Sur un paquet de café, quelques logos suffisent à rassurer. Café équitable, café biologique, commerce responsable : ces mentions répondent à une question légitime, celle de savoir ce que devient l'argent que vous dépensez et ce qu'il en reste, au bout de la chaîne, à celui qui a cultivé le grain. Ces référentiels ont transformé des filières entières et ils continuent de le faire. Dans la vallée d'Araku, nous avons construit autre chose : un modèle où la question du partage de la valeur ne se pose plus dans les mêmes termes, parce que les producteurs sont propriétaires de la chaîne. Voici comment il fonctionne, et pourquoi il nous a conduits à ne plus renouveler notre certification de commerce équitable.

Ce que garantit un café équitable certifié

Le commerce équitable part d'un constat : le revenu du producteur ne doit pas dépendre des seules variations du cours mondial de l'arabica, qui peut perdre un tiers de sa valeur en une saison. En France, le référentiel le plus connu du grand public est celui de Fairtrade International, dont Max Havelaar porte le label sur les emballages. Il repose sur trois mécanismes.

  1. Un prix minimum garanti. Quel que soit le cours du marché, l'acheteur s'engage à payer au moins un prix plancher défini par filière et par origine. Quand le marché monte au-dessus, c'est le prix du marché qui s'applique.
  2. Une prime de développement. Une somme supplémentaire est versée à l'organisation de producteurs, qui décide collectivement de son affectation : école, dispensaire, matériel de transformation, formation.
  3. Un cahier des charges social et environnemental. Il encadre les conditions de travail, interdit certaines pratiques agricoles et impose une organisation démocratique des producteurs, vérifiée par un organisme de contrôle indépendant.

Ce dispositif répond au problème qu'il s'est donné : sécuriser un revenu dans une chaîne où le producteur vend à un intermédiaire, qui revend à un exportateur, qui revend à un importateur, qui revend enfin à un torréfacteur. C'est cette chaîne que nous avons supprimée.

À Araku, les producteurs sont propriétaires

Dans la vallée d'Araku, les fermiers ne vendent pas leur récolte à une filière. Ils en détiennent chaque maillon. Depuis 2007, ils sont réunis dans une coopérative qui regroupe tous les fermiers producteurs et l'unité de transformation. 

Cette structure change la nature de la question. Il n'y a pas de prix minimum à négocier avec un acheteur, puisque c'est la coopérative qui fixe son prix de vente. Il n'y a pas de prime à redistribuer, puisque la marge commerciale revient aux fermiers. Les cerises de café sont payées le jour même de la récolte, à des tarifs fixes et supérieurs à ceux du marché conventionnel. Ainsi, les 10 000 familles de la vallée ont cessé de dépendre des intermédiaires et des prêteurs qui structuraient autrefois leur économie. C'est le principe de notre circuit direct, et le cœur du modèle que nous appelons Arakunomics.

Régénérer les sols, et le prouver dans la tasse

La même logique vaut pour l'environnement. Nous restons certifiés en agriculture biologique, parce que ce cahier des charges dit quelque chose de vérifiable sur nos pratiques. Nous y ajoutons ce qu'aucune certification n'exige : agroforesterie sur l'ensemble des parcelles, biodynamie, compost enrichi en bio-inoculants produit dans la vallée, cartographie du territoire partagée avec les habitants pour équilibrer café, bois de chauffe, céréales, bétail et forêt primaire. En dix ans, la consommation d'eau a été divisée par 36.

Une agriculture régénératrice ne se contente pas d'éviter d'abîmer un sol : elle le reconstitue. Et ce travail se lit dans la tasse. Chaque parcelle est cartographiée selon onze critères, puis dégustée, ce qui a donné naissance à six terroirs notés au minimum 86 sur 100 par la Specialty Coffee Association, certains micro-lots dépassant 90. Nos cafés de spécialité sont torréfiés à Paris, en petites quantités et au fil des commandes, avec un profil propre à chaque terroir. De la graine à la tasse, le parcours est entièrement traçable.

Pourquoi nous ne renouvelons pas notre certification équitable

Un cahier des charges fixe un plancher, jamais un plafond. Ce qu'une organisation fait au-delà du minimum exigé n'apparaît sur aucune étiquette, et se retrouve rangé, aux yeux du consommateur, dans la même case qu'un strict respect des critères.

Nous ne renouvelons donc plus notre certification de commerce équitable. Non parce que nous en contestons l'utilité, mais parce qu'elle décrit mal ce que nous faisons. Notre engagement ne tient pas à un contrôle annuel : il tient à la structure de propriété d'une coopérative, à vingt ans de travail agronomique et à des notes de dégustation que n'importe qui peut vérifier.

Un label est un raccourci utile quand on ne peut pas tout expliquer. Nous préférons tout expliquer.

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